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SYLVIE LÉCUYER site de création & de recherche

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Sylvie, chap.IX

Promenades er souvenirs, Juvenilia, Premières années

Aurélia, I, 4

Sylvie parue dans la Revue des deux mondes le 15 août 1853, appartient à la même nébuleuse qu'Angélique, la Bohême galante, Promenades et souvenirs, et la première partie d'Aurélia, où remonte à la conscience de Nerval et s'impose la réminiscence de l'enfance en Valois. Au chapitre IX de Sylvie, le narrateur vient de quitter le bal de Loisy et décide d'aller à Montagny (Mortefontaine) revoir la maison de son oncle Boucher.

– Ermenonville -

Je n’avais nulle envie de dormir. J’allai à Montagny pour revoir la maison de mon oncle. Une grande tristesse me gagna dès que j’en entrevis la façade jaune et les contrevents verts. Tout semblait dans le même état qu’autrefois ; seulement il fallut aller chez le fermier pour avoir la clef de la porte. Une fois les volets ouverts, je revis avec attendrissement les vieux meubles conservés dans le même état et qu’on frottait de temps en temps, la haute armoire de noyer, deux tableaux flamands qu’on disait l’ouvrage d’un ancien peintre, notre aïeul ; de grandes estampes d’après Boucher, et toute une série encadrée de gravures de l’Emile et de La Nouvelle Héloïse, par Moreau ; sur la table, un chien empaillé que j’avais connu vivant, ancien compagnon de mes courses dans les bois, le dernier carlin peut-être, car il appartenait à cette race perdue.

"Quant au perroquet, me dit le fermier, il vit toujours ; je l’ai retiré chez moi."

Le jardin présentait un magnifique tableau de végétation sauvage. J’y reconnus, dans un angle, un jardin d’enfant que j’avais tracé jadis. J’entrai tout frémissant dans le cabinet, où se voyait encore la petite bibliothèque pleine de livres choisis, vieux amis de celui qui n’était plus, et sur le bureau quelques débris antiques trouvés dans son jardin, des vases, des médailles romaines, collection locale qui le rendait heureux.

"Allons voir le perroquet, dis-je au fermier." Le perroquet demandait à déjeuner comme en ses plus beaux jours, et me regarda de cet œil rond, bordé d’une peau chargée de rides, qui fait penser au regard expérimenté des vieillards.

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