SYDONIE

La scène évoquée dans ce fragment manuscrit autographe non publié de Promenades et Souvenirs semble beaucoup plus proche de la réalité biographique que son élaboration romanesqueau chapitre VI, intitulé "Othys", de Sylvie. Nerval évoque ici clairement sa propre tante, Augustine Eberl, épouse du grand-oncle Gérard Dublanc qui habitait Saint-Germain-en-Laye, et "oublie" de masquer le prénom de Sophie à la fin de l'épisode.

Dans les intervalles de nos études, j’allais parfois m’asseoir à la table hospitalière d’une famille du pays. Les beaux yeux et la douce voix de Sydonie m’y retenaient parfois jusques fort avant dans la nuit. Souvent je me levais dès l’aube et je l’accompagnais soit à [Carriè]re-sous-bois, soit à Mareil, me chargeant avec joie des légers fardeaux qu’on lui remettait. Un jour, c’était en carnaval, nous étions chez sa vieille tante, à Carrière ; elle eut la fantaisie de me faire vêtir les habits de noces de son oncle et s’habilla elle-même avec la robe à falbalas de sa tante. Nous regagnâmes Saint-Germain ainsi accoutrés. La terrasse était couverte de neige, mais nous ne songions guère au froid et nous chantions des airs du pays.

Tout le monde voulait nous embrasser ; seulement au pied du pavillon d’Henry IV nous rencontrâmes trois visages sévères. C’étaient ma bonne tante et deux de ses amies. Je voulus m’esquiver mais il était trop tard et je ne pus échapper à une verte réprimande. Le carlin lui-même ne me reconnaissait plus et s’unissait en aboyant à cette mercuriale trop méritée. Le soir nous parûmes au bal du théâtre avec grand éclat. Ô tendres souvenirs des aïeux, brillants costumes, profanés dans une nuit de folie, que vous m’avez coûté de larmes ! L’ingrate Sophie elle-même trahit son jeune cavalier pour un garde du corps de la compagnie de Grammont.

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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE
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