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SYLVIE LÉCUYER site de création & de recherche

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auteur à 17 ans chez Ladvocat et Touquet

Barthélemy et Méry

pseudonyme Beuglant

PSEUDONYME BEUGLANT

Chez Touquet, rue de la Huchette ou Galerie Vivienne, Gérard trouve une famille d'esprit militante, contestataire, qui tire à boulets rouges sur le ministère Villèle et sur les Jésuites. Il souligne avec fierté son appartenance à la "boutique de scandale": "Gérard, autrement dit Beuglant, le plus jeune peut-être de nos hommes de lettres; c'est un petit homme un peu plus grand que ses in 32; ça va déjà avec des petits manuscrits chez les petits libraires pour faire des petits livres. On parle d'une contrepartie de La Villéliade ou l'Enfance du grand homme jusqu'à la prise du château Rivoli, qui doit sceller sa réputation. Il fait d'ailleurs partie ainsi que les Félix Bodin et Collin de Plancy de la boutique de scandale élevée sous la raison de Touquet et Cie.".

Félix Bodin appartient comme Touquet à la génération du père de Nerval. En avril 1826, il vient de prendre la direction du Mercure de France pour le XIXe siècle, revue libérale à laquelle Nerval contribue, dès août 1826, en y publiant son Epître à M. de Villèle. Il annonce son intention d'y publier également La Villéléïde ou la jeunesse du grand homme, mais Barthélemy et Méry lui ont coupé l'herbe sous le pied. Bodin quant à lui vient de publier en avril chez Touquet, sous le pseudonyme de Cadet Roussel, une brochure satirique contre le projet de loi sur le droit d'aînesse, un de ces multiples projets de loi avortés qui ont fait de Villèle le bouc émissaire des libéraux. Nerval a rencontré Cadet Roussel chez Touquet, et c'est ainsi que l'idée lui est venue de prendre comme pseudonyme, pour Monsieur Dentscourt et Les Hauts faits des Jésuites, Beuglant, l'ami de Cadet Roussel.

Beuglant est un personnage du théâtre populaire né sous la Révolution. Poète et dramaturge, il est l'ami du comédien Cadet Roussel. Deux personnages hauts en couleurs, parlant le langage poissard que le peuple de Paris était censé utiliser à la Grenouillère ou autour de la fontaine des Innocents, et devenu mode littéraire sous la plume de Vadé à la fin du XVIIIe siècle. Entre 1793 et 1801, Aude et Tissot créent plusieurs pièces, jouées au Théâtre Montansier-Variétés, au Palais-Royal, mettant en scène Cadet Roussel et son ami Beuglant. En 1807, le Théâtre des Variétés-Montansier s'installe boulevard Montmartre et devient le Théâtre des Variétés-Panoramas. On y reprend le répertoire de Cadet Roussel en 1819. Le Théâtre de la Porte-Saint-Martin, rouvert en 1815, reprend également ce répertoire dès 1816.

On voit bien ce qui a pu séduire Nerval dans la production pourtant très décriée, du théâtre populaire d’Aude et Tissot, "égoût des autres théâtres : bêtises, platitudes, trivialités, coqs-à-l’âne, calembours et jeux de mots, voilà ce qui compose son répertoire et ce qu’il offre à l’avide curiosité des gobe-mouches, des oisifs, des Midas parvenus" dit-on. Beuglant et sa bande incarnent le milieu des théâtreux bohèmes, pratiquant volontiers l'autodérision, dans la proximité du vieux Paris, de son petit peuple et de son langage. Nerval n'a cessé de vivre dans ce XVIIIe siècle finissant, celui de Vadé et de Restif, celui qui "n'est plus", et qu'il retrouvera dans les errances parisiennes nocturnes des Nuits d'octobre., autour du Palais-Royal, au Café des Aveugles, scène d'un des premiers Cadet Roussel. Nerval en 1825-26 cherche sa voie. On ne peut refaire indéfiniment du Delavigne. Aux vulgarités du jeune romantisme, Nerval pour l’heure préfère ces pasticheurs que furent Vadé, Aude et Tissot, pour retrouver à travers eux l'essence même de la langue populaire française, celle qu'il cherchera également avec passion dans le répertoire des vieilles chansons, et l'essence du théâtre, puisée chez Jodelet et Scarron. Mais Cadet Roussel et Beuglant, c'est aussi le couple des poètes libertaires et subversifs, décalés et distanciés à l'égard de l'ordre et des institutions littéraires ou politiques. Il l'est encore en 1854 où un anonyme publie un Cadet Roussel embêtant Nicolas, satire politique contre l'empereur de Russie, qui commence ainsi: "On a cru longtemps que Cadet Roussel était mort, c'est une erreur..."

Cadet Roussel barbier, l'une des nombreuses pièces mettant en scène le couple Cadet Roussel-Beuglant, jouées au Théâtre des Variétés-Montansier entre 1793 et 1801

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Lettres de la Grenouillère et Quatre Bouquets poissards de Vadé

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