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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

TRADUIRE LES POÈTES ALLEMANDS

Dès 1827, Nerval a manifesté sa prédilection pour la littérature allemande, lu De l’Allemagne de Mme de Staël, et porté son choix sur le premier Faust de Goethe. Connait-il suffisamment la langue allemande ? Son père a pu l’aider, et l’on sait qu’il passe l’été à Saint-Germain-en-Laye auprès de son oncle et sa tante Dublanc. Cette dernière, née Eberl, est d’origine pragoise et viennoise. Deux autres traductions de Faust ont d’ailleurs déjà paru, sous la plume du comte de Sainte-Aulaire (que Nerval retrouvera en 1839 ambassadeur à Vienne) et de A. Stapfer. Gérard publie d’abord, le 30 juin 1827, La Dernière Scène de Faust, traduction en vers, signée "Gérard, Auteur des Élégies nationales", dans Le Mercure de France du dix-neuvième siècle, et le 28 novembre, la Bibliographie de la France enregistre la publication de Faust, tragédie de Goethe, nouvelle traduction complète en prose et en vers, par Gérard, Paris, Dondey-Dupré père et fils, 47bis rue de Richelieu, 1828. Tirée à 750 exemplaires, l’œuvre est précédée d’une préface : "Observations sur le premier Faust". La publication rend aussitôt célèbre le jeune auteur. Dès 1828, Berlioz lui emprunte le texte de ses Huit scènes de Faust, puis en 1846 quelques éléments pour La Damnation de Faust.

Gérard commence en 1827 son propre Faust dont ne subsistent que des fragments, dans un manuscrit de 20 feuillets, dont A. Marie dit qu’il s’agit plutôt d’un "fascicule débroché d’un manuscrit complet". Le thème de l’inventeur y est proche de l’ébauche de Nicolas Flamel publiée au Mercure de France en juin 1831

Goethe l’a lancé, mais Gérard est loin de ne s’intéresser qu’au maître de Weimar.

L’année 1829 est jalonnée par la publication dans divers journaux de ses premières traductions de Bürger, Schiller, Tiedge, Uhland, sous la simple signature de "Gérard": La Psyché publie en mai sa première traduction (il y en aura huit) de Lénore, Ballade allemande, imitée de Bürger, en août, Le Plongeur, Ballade, "Extrait d’une traduction inédite de Schiller par Gérard", en octobre, À Schmied. Ode de Klopstock écrite pendant une maladie dangereuse, et le 24 octobre 1829, Le Mercure de France du dix-neuvième siècle publie Robert et Clairette, Ballade allemande de Tiedge.

Ces publications dans la presse sont regroupées en volume, annoncé le 6 février 1830, par la Bibliographie de la France sous le titre : Poésies allemandes, Klopstock, Goethe, Schiller, Burger, Morceaux choisis et traduits par M. Gérard, Paris, Bureau de la Bibliothèque choisie, 1830. La Bibliothèque choisie est une collection dirigée par Sébastien Laurentie, rédacteur en chef de La Quotidienne. Laurentie avait créé en 1829 cette collection en format de poche in-18 avec le concours de Jules Janin et Charles Nodier (Gérard fréquente alors le salon de l’Arsenal), destinée à rendre accessible un choix de bons textes. Une section est réservée à des "Choix de poésies".

Après cette publication en volume, Nerval poursuit son travail de traduction d’œuvres allemandes, d’abord publiées dans la presse (Le Mercure de France du dix-neuvième siècle et La Tribune romantique), qui viendront en 1840 grossir la nouvelle édition de Faust.

Traduire, créer: la fusion est telle avec l’âme allemande que Gérard publie le 30 avril 1831, au Mercure de France du dix-neuvième siècle, un récit intitulé Le Bonheur de la maison, dont il est l’auteur, mais qu’il attribue à Jean-Paul Richter, que Gautier plagiera d’ailleurs sans façon en 1839 sous le titre de L’Âme de la maison.

On aura noté un grand absent dans ce travail sur la littérature allemande, qui pourtant joue un rôle décisif dans l’inspiration de Nerval : E.T.A. Hoffmann. Absence très partiellement comblée en septembre 1831 par la publication en deux livraisons des Aventures de la nuit de Saint-Sylvestre, Conte inédit d’Hoffmann, premier et deuxième chapitres, qui inspireront Les Amours de Vienne en 1841 et Pandora en 1854. Mais des Élixirs du diable, du Vase d’or, du Magnétiseur , qui ont rendu presque familier à Nerval le passage du côté du rêve et de la folie, pas un mot. Sans doute Jean-Paul Richter et E.T.A. Hoffmann sont-ils trop intimement liés au processus créateur en gestation. Le premier réapparaîtra en pleine crise de 1841 comme inspirateur des sonnets du Christ aux oliviers, le second comme toile de fond de la fantastique Pandora en 1854.

Mme de Stael 2
Goethe1828
Lenore La Psyche mai 1829 copie
Lenore La Psyche janvier 1830 copie
Huit scenes de Faust copie

La Psyché, mai 1829, où fut publiée la traduction de Lénore

page de titre de Faust, 1828

page de titre de Huit scènes de Faust, de Berlioz, 1828

Poesies allemandes copie

page de titre des Poésies allemandes, 1830

Mme de Staël

Goethe en 1828

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