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SYLVIE LÉCUYER site de création & de recherche

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LES NUITS D'OCTOBRE

En octobre 1852, Nerval publie en plusieurs livraisons dans L'Illustration, les Nuits d'octobre, récit d'errances à travers le Paris nocturne en compagnie d'un ami, qui n'est peut-être qu'un double de lui-même. C'est au chap. VII qu'est évoqué le Café des Aveugles, cadre d'une pièce de Cadet Roussel.

 

... Il n’était pas encore tard en effet. Notre désoeuvrement nous faisait paraître les heures longues… En passant au perron pour traverser le Palais-National, un grand bruit de tambour nous avertit que le Sauvage continuait ses exercices au café des Aveugles.

L’orchestre homérique exécutait avec zèle les accompagnements. La foule était composée d’un parterre inouï, garnissant les tables, et qui, comme aux Funambules, vient fidèlement jouir tous les soirs du même spectacle et du même acteur. Les dilettantes trouvaient que M. Blondelet (le Sauvage) semblait fatigué, et n’avait pas dans son jeu toutes les nuances de la veille. Je ne pus apprécier cette critique ; mais je l’ai trouvé fort beau. Je crains seulement que ce ne soit aussi un aveugle, et qu’il n’ait des yeux d’émail.

Pourquoi des aveugles, direz-vous, dans ce seul café, qui est un caveau ? C’est que vers la fondation, qui remonte à l’époque révolutionnaire, il se passait là des choses qui eussent révolté la pudeur d’un orchestre. Aujourd’hui, tout est calme et décent. Et même la galerie sombre du caveau est placée sous l’œil vigilant d’un sergent de ville.

Le spectacle éternel de l’Homme à la poupée nous fit fuir, parce que nous le connaissions déjà. Du reste, cet homme imite parfaitement le français-belge.

Et maintenant, plongeons-nous plus profondément encore dans les cercles inextricables de l’enfer parisien. Mon ami m’a promis de me faire passer la nuit à Pantin.

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