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Notice sur la vie et les ouvrages de Justin Duburgua

par M. Saint-Amans

_______

séance du 23 germinal

 

Depuis la suspension de ses séances, la Société a perdu Justin Duburgua, le plus jeune et le plus zélé de ses correspondans. Je viens, dans cette courte notice, exciter vos regrets sur la perte prématurée d'un sujet aussi distingué. Il fut trop tôt enlevé aux sciences, trop tôt perdu pour son pays: les aimant avec la même ardeur, il les aurait servi avec le même succès, si le Ciel lui eût accordé une plus longue carrière.

Justin Duburgua, natif d'Aiguillon, dut les premiers élémens de l'instruction à son père, qui exerçait l'art de guérir dans cette commune. Il sortait à peine de l'enfance, lorsqu'en 1793, les dangers de la patrie furent proclamés. A ce premier signal, il demanda des armes. Sa famille s'étant opposée à son départ, il triompha de ses craintes; il se présenta comme réquisitionnaire, quoique encore bien éloigné de l'âge de la réquisition: il sollicita la permission et l'honneur de marcher à la défense des frontières. Tant de résolution n'étoit pas, chez lui, l'effet d'un enthousiasme puéril excité par les circonstances, et qu'il eût été criminel, sans doute, d'accueillir; mais l'impulsion avait été reçue avec la vie, mais l'amour de la gloire étoit né dans le coeur de notre jeune compatriote, qui en étoit électrisé, et que rien ne pouvoit désormais, sans danger, arrêter dans la carrière. Pour n'avoir point à déplorer sa perte, il fallut lui céder. Son dévouement fut consigné dans une honorable délibération de l'administration centrale, à laquelle il s'étoit adressé. Un sabre, véritable sabre d'honneur dans un âge aussi tendre, lui fut décerné. Il partit, au comble de ses voeux, pour l'armée des Pyrénées occidentales. Justin Duburgua fut attaché à cette armée jusqu'à la fin de la guerre avec l'Espagne. A cette époque, le corps dans lequel il servoit, fut appelé en Italie. Bientôt après, ses talens naturels qu'il avoit cultivés, ses connoissances acquises qu'il avoit étendues, malgré les travaux continuels d'une guerre très-animée, le firent attacher au service des hospices militaires. Il eut alors plus de momens à consacrer à l'étude, et plus de moyens pour s'y livrer avec fruit. Successivement employé à Pise, à Bologne, à Milan, il y connut les savans les plus recommandables, et suivit leurs leçons. Il devint le disciple et l'ami des Spallanzani, des Fontana, des Scapoli, du comte Barattieri. Ces hommes célèbres, qui reposent aujourd'hui dans la tombe, lui prodiguèrent tous les moyens de s'instruire. Il disposoit de leur bibliothèque, de leurs collections, de leurs momens, et vivoit avec eux dans l'intimité la plus parfaite. Appelé par ses chefs à donner la topographie médicale de Lodi et du territoire de Saint-Colomban, il s'acquitta de ce travail avec une promptitude, avec un succès, qui lui valurent des éloges, et le firent connoître avantageusement. Bientôt il appartint à des compagnies savantes: il fut membre de l'académie royale de physique et d'agriculture de la ville de Plaisance, et associé correspondant de celle des Ortolani de Bologne. Cependant la paix avec l'Allemagne ayant été conclue, Justin Duburgua revint en France, et rentra dans sa famille après une absence de dix années. Ce fut alors que la Société l'admit au nombre de ses correspondans, faveur à laquelle il attachoit un grand prix. Peu de temps après, toujours dévoré de l'amour des sciences, il se rendit à Paris, où il continua de suivre la carrière de l'instruction, dans les divers cours que donnoient les savans de la capitale. Bientôt distingué dans la foule des élèves, bientôt jugé digne de monter au rang des maîtres, et de dicter lui-même les leçons, qu'il venoit recevoir avec tant de modestie, Justin Duburgua fut nommé professeur de physique et de chimie au Cap-Français, et partit pour la malheureuse île de Saint-Domingue en fructidor an X. Au bout de quelques mois, il devint pharmacien en chef des hospices militaires de la colonie. A cette époque, il avoit déjà commencé un travail sur la topographie médicale et l'histoire naturelle de ce pays, aussi fertile, aussi beau, que malsain; mais il ne lui étoit réservé que de concevoir le plan de ce travail, et d'en tracer l'esquisse. Ses jours comptés étoient arrivés à leur terme fatal; il fut emporté par l'affreuse épidémie, dont les ravages encore trop récents pour être oubliés, ont excité tant de regrets, ont fait verser tant de larmes.

Tel étoit, Messieurs, le correspondant dont vous avez à déplorer la perte. Tous ses instans furent occupés à s'instruire, tous ses pas dans la carrière des sciences furent marqués par des succès.

Il a paru de lui, dans les Annales de Chimie (1), une suite d'expériences curieuses et nouvelles sur la décoloration des liqueurs végétales par le charbon. Il a aussi publié un ouvrage intitulé: le Newtonianisme de l'amitié, l'Eloge du comte Barattieri, et un Essai sur les sensations de l'odorat et du goût, qu'il a dédié à l'un de vos collègues (2). Les journaux ont rendu un compte avantageux de ces ouvrages. Au moment où ils venoient de paroître, et où ils me furent remis à Paris, l'année dernière, de la part de l'auteur, il n'étoit déjà plus.

Comme président de la Société, comme ami de Justin Duburgua, j'ai cru devoir payer ce léger tribut à sa mémoire.

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(1) Tome 43, messidor an X, page 86 et suivantes

(2) Ces trois ouvrages se trouvent à Paris, chez P.A. Allut, rue Saint-Jacques; Fuchs, rue des Mathurins, Le Normand, rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois, et Mongie, palais du Tribunat. An XI (1803)

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