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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

LES LABRUNIE

 

Les Labrunie sont originaires d'Agen (Lot-et-Garonne). Le 6 février 1776, ils s'allient à la famille Dublanc, également originaire d'Agen, par le mariage de Joseph Labrunie avec Marie Thérèse Dublanc. Les jeunes gens, tous deux originaires de la paroisse Saint-Hilaire, ont tous deux 27 ans. Joseph est le fils d’Étienne Labrunie, tapissier à Agen, et de Marie Anne Tabutin. Marie Thérèse est la fille de Pierre Dublanc, également marchand à Agen, et de Jeanne Roques, tous deux décédés un an avant le mariage de leur fille. Joseph Labrunie est mort en 1782, soit un an après la naissance de son plus jeune fils Jean. Apparaît également sur la Généalogie le nom de Moura. Jean Moura, confiseur de monseigneur l'Évêque d'Agen, a épousé Jeanne Labrunie, la soeur de Joseph, le 25 juin 1776.

 

Du mariage de Joseph et Marie Thérèse sont nés quatre enfants, Étienne Labrunie, le père de Nerval, en 1776, Marie Anne en 1777, Madeleine en 1780, sans doute morte en bas âge, et Jean Labrunie en 1781, tous quatre à Agen.D’Étienne Labrunie, il est plus longuement parlé par ailleurs.

 

Marie Anne Labrunie épouse un orfèvre, Joseph Gautié, dont elle a un fils, Étienne Augustin Gautié, pharmacien puis courtier en vins, qui a gardé un souvenir enthousiaste de sa visite à son cousin Gérard au Doyenné. Durant son internement à Passy, en 1853, Nerval lui écrit le 27 novembre: "Si vous pouviez m’écrire et me donner des nouvelles de notre famille, vous me feriez grand plaisir. M. Blanche, mon excellent médecin, me laisserait peut-être aller passer quelque temps au milieu de vous, car je sens que l’air du pays me ferait grand bien". C’est dire que le côté Labrunie est aussi présent dans le travail de mémoire qu’effectue Nerval à cette époque que le côté maternel. Marie Anne Labrunie est décédée à Port-Sainte-Marie en 1860.

 

Jean Labrunie, que Nerval dans sa Généalogie qualifie d’ "officier supérieur", s'engagea comme son frère aîné dans les armées impériales, en Espagne, comme pharmacien. En avril 1816, il reçoit pour ses "9 années, 8 mois et 7 jours" d’engagement militaire une gratification de 1350 francs. Après la chute de l'Empire, il a passé quelque temps à Paris auprès de son frère. Nerval se souvient avec bonheur de la présence de son oncle: "J’étais faible encore, et la gaieté de son plus jeune frère me charmait pendant mon travail." (Promenades et Souvenirs, chapitre IV). Le 17 août 1840, il lui écrit : « Je garde un souvenir bien précieux du temps où je vous ai vu. Ce sont de ces impressions d’enfance qui ne s’oublient pas. ». Jean est alors installé comme pharmacien à Sainte-Foy-la-Grande, où il a épousé en 1816 Jeanne Lamaure, originaire de Blaye, et dont il a deux enfants, nés à Sainte-Foy, Zulma en 1817 et Pierre Évariste, né en 1818.

Jean Labrunie est mentionné plusieurs fois dans la Généalogie de Nerval: au centre de l’arbre, associé à son frère Étienne. Le nom de son épouse, Lamaure, que Nerval orthographie toujours sans e, est également mentionné : "Lamaur, capitaine de frégate" puis: "alliance avec les Lamaur, famille de Saint-Domingue, fils, fille, à Sainte-Foy près Bergerac", et c'est sans doute sur son nom que Nerval se livre au jeu associatif des sonorités: "maura, mawra, mawra regina, ma ma roÿna", reliant ainsi le côté paternel au côté maternel où figure le nom de Moura/Mora. Après la mort de Jean Labrunie en 1845, Jeanne Lamaure est venue vivre à Paris. Dans l’épreuve qu’a constitué pour Nerval son internement forcé, Jeanne Lamaure et son fils semblent être les seuls membres de la famille à l’avoir réellement épaulé. C’est elle qui accepte la responsabilité de céder aux supplications de Nerval et de le faire sortir de la maison de santé de Passy pour le recevoir chez elle 54 rue Rambuteau. Arsène Houssaye dit d’elle en 1875 qu’elle fut pour Nerval "une tante, une femme toute biblique, qui l’adorait et l’appelait son enfant". Le 17 octobre 1854, elle écrit sèchement au docteur Blanche : "Je vous prie de me confier mon neveu, Gérard Labrunie de Nerval. Veuillez avoir l’obligeance de lui dire de se tenir prêt pour jeudi, onze heures. J’irai le chercher", puis le 19 : "Je vous prie de me remettre mon neveu M. Gérard Labrunie de Nerval ; je m’engage à le recevoir chez moi jusqu’à ce qu’il ait trouvé un logement". C’est à elle qu’est adressé le dernier billet de Nerval, le 24 janvier 1855 : "Ma bonne et chère tante, dis à ton fils qu’il ne sait pas que tu es la meilleure des mères et des tantes. Quand j’aurai triomphé de tout, tu auras ta place dans mon Olympe, comme j’ai ma place dans ta maison. Ne m’attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche."

 

Évariste Labrunie (1818-1881) qui exerce la médecine à Paris, a largement secondé sa mère dans l’affection qu’elle a portée à son neveu. Nerval lui adresse de Passy le 26 novembre 1853 cette lettre qui pose le problème de sa folie "lucide": faire le fou, n'est-ce pas ne pas l'être?: "Mon cher cousin, Je vous ai paru sans doute assez étrange la dernière fois que je vous ai vu. Excusez-moi. Je croyais nécessaire de prendre gaiment ma situation assez pénible, celle de passer pour un fou... Oubliez les trois mois qui viennent de se passer et venez me voir chez M. Blanche, qui, cette fois, je l’espère, me croira digne de serrer la main à mon plus proche parent. Je t’embrasse. Gérard Labrunie". Et de nouveau le 3 décembre, cet appel de détresse : "Mon cher cousin, Vous n’êtes pas revenu me voir ; tâchez donc de prendre un moment. J’ai besoin de vous revoir et de vous prier de faire que M. Blanche prenne confiance en moi. Je voudrais bien voir mon père et lui montrer que ma tranquillité d’esprit est tout à fait revenue... Un peu d’amitié et de bonheur me ferait tant de bien". Le ton est plus apaisé le 23 septembre 1854: "Je vous remercie encore une fois de la visite que vous m’avez faite, il y a deux jours. Que de bonheur j’ai eu à embrasser ma bonne tante et à pouvoir causer avec elle". C’est encore à Évariste Labrunie que le docteur Blanche fait appel, le 11 octobre 1854, quand ses rapports avec son patient sont devenus difficiles: "Mon cher confrère, Votre cousin M. Gérard de Nerval me tourmente beaucoup pour que je lui rende sa liberté. Sachant qu’il n’a aucun asile à Paris, je ne puis pas lui permettre de quitter ma maison avant d’être certain qu’il a au moins une chambre où il dépose ses meubles et où il puisse s’installer... Vous ne devez pas ignorer qu’à l’époque où M. Gérard de Nerval est tombé malade, M. Labrunie, son père, m’a signifié qu’il ne pouvait pas s’occuper de son fils".

À noter que le père de Nerval (décédé le 1er juin 1859) lègue ses biens à sa soeur Marie Anne, veuve de Joseph Gautié, à sa nièce Zulma, épouse Lafargue, mais rien à Évariste.

 

 

 

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Agen
Agen 6 fevrier 1776
Agen25juin1776
Agen 25 decembre 1777
Agen13juillet1776
Agen6fevrier1780
Agen9mars1781

Agen, berceau des Labrunie et des Dublanc

6 février 1776 – acte de mariage de Joseph Labrunie, tapissier, âgé de 27 ans, fils d'Étienne Labrunie et Marie Anne Tabutin, et de Marie Thérèse Dublanc, âgée de 27 ans, fille de Pierre Dublanc et Jeanne Roques. C'est cette union qui marque pour Nerval l'origine de l'arbre généalogique familial. (Document publié dans La Généalogie fantastique de Gérard de Nerval, Presses universitaires de Namur, 2011)

25 juin 1776 – acte de mariage de Jean Moura, âgé de 30 ans, confiseur, fils de feu Paul Moura, et Marie Sicard, natifs de la paroisse Du Vernet de Coutereigne, diocèse de Pamiers, et habitants depuis plusieurs années de celle de St-Étienne de cette ville, au service de M. l'Evêque, et de demoiselle Jeanne Labrunie, âgée de 19 ans, fille de sieur Étienne Labrunie, tapissier et demoiselle M. Anne Tabutin.(Document publié dans La Généalogie fantastique de Gérard de Nerval, Presses universitaires de Namur, 2011)

25 décembre 1777 – acte de baptême de Marie Anne Labrunie, fille de Joseph Labrunie, tapissier, et de Marie Thérèse Dublanc. Son parrain est son oncle Vincent Labrunie, tapissier, sa marraine est sa grand-mère paternelle Marie Anne Tabutin. (Document publié dans La Généalogie fantastique de Gérard de Nerval, Presses universitaires de Namur, 2011)

13 juillet 1776 – acte de baptême d’Étienne Labrunie, né le 12, fils de Joseph Labrunie, tapissier et de demoiselle M.Thérèse Dublanc. Son parrain est son grand-père paternel et sa marraine sa grand-mère maternelle Jeanne Roques. Il n'échappe à personne qu'Étienne a été conçu nettement avant le mariage de ses parents.(Document publié dans La Généalogie fantastique de Gérard de Nerval, Presses universitaires de Namur, 2011)

6 février 1780 – acte de baptême de Magdeleine Labrunie, fille de Joseph Labrunie, tapissier, et de M. Thérèse Dublanc. Son parrain est Gérard Dublanc, apothicaire, son oncle, qui sera aussi le parrain de Nerval, et sa marraine sa tante Madeleine Labrunie. Gérard Dublanc est donc encore à Agen à cette date. Nerval dans sa Généalogie parle de "trois enfants" et ignore donc l'existence de Madeleine, morte sans doute en bas âge.(Document publié dans La Généalogie fantastique de Gérard de Nerval, Presses universitaires de Namur, 2011)

9 mars 1781 – acte de baptême de Jean Labrunie, né le 7, fils de Joseph Labrunie, tapissier et de M. Th. Dublanc. Son parrain est Jean Moura, confiseur, sa marraine Jeanne Labrunie Moura. L'acte est signé Labrunie, père, Moura, parrain, Jeanne Labrunie M.(Moura), Madeleine Labrunie, Françoise Macary, Marguerite Rivière. Le nom de Macary, mentionné dans la Généalogie à côté de celui des soeurs de Duburgua, figure donc ici, seul lien, bien mince de parenté entre la famille de Nerval et celle de Justin Duburgua. (Document publié dans La Généalogie fantastique de Gérard de Nerval, Presses universitaires de Namur, 2011)

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