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mise à jour 15/04/10
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L'Enterrement de la Quotidienne
Le Cinq mai
Epîtres à Duponchel
Les Bienfaits de l'enseignement mutuel
"Voici trois ans..."
Aurélia, version primitive
La Pandora, Maria-Hilf
Un Roman à faire
Les Nuits d'octobre, chap.VII
La Bibliothèque de mon oncle
Sylvie, chap.IX
Promenades er souvenirs, Juvenilia, Premières années
Aurélia, I, 4
14 novembre 1829: bachelier depuis peu, Gérard est invité par le docteur Vassal, qui se trouvait alors à la tête de la Loge des Sept-Ecossais-Réunis, à prononcer l'éloge en vers de l'enseignement mutuel, à l'occasion de la remise des prix. Vers de circonstance, un peu ronflants, mais occasion pour lui d'affirmer des convictions très rousseauistes en matière de pédagogie, et surtout son libéralisme, contre l'obscurantisme politique et religieux de la Restauration moribonde.
Messieurs,
Quelle fête nouvelle ici s’offre à vos yeux ?
De timides enfants, sages et studieux,
Vont d’un an de travail trouver la récompense :
Que vous auriez de droits à leur reconnaissance
Si d’un nouveau système appuyant les bienfaits
Vous daigniez applaudir à leurs premiers succès !
Succès bien glorieux alors, car leur jeunesse
N’a point d’un maître dur éprouvé la rudesse,
L’instruction pour eux se voila sous les fleurs,
Et jamais leur travail ne fut mouillé de pleurs :
Heureux progrès d’un siècle où la liberté règne,
Où le savoir à tous se produit et s’enseigne
Sans larmes, sans efforts, sans ces fouets flétrissants
Contre qui tant de fois réclama le bon sens,
Et qui formant de loin l’homme libre aux entraves
Produisaient moins jadis de savants que d’esclaves.
Mais eux, que le travail leur offrit de douceur !
Chacun fut tour à tour élève et professeur…
Si vous les aviez vus, dans ces vastes enceintes
Où n’ont jamais entré les peines ni les craintes,
Se livrer à l’étude avec ardeur, sans bruit,
Jamais inoccupés, et sortir à la nuit
Non comme ces enfants qu’il semble qu’on déchaîne,
Mais sages, en bon ordre, et peut-être avec peine.
Messieurs, sur eux aussi se fonde un grand espoir ;
Dans un siècle où l’on sent tout le prix du savoir,
Ils sauront, comprendront, leurs droits, leurs devoirs même,
Ils anéantiront cet odieux système
Qui fait croire aux puissants que tout peuple éclairé
Contre un juste pouvoir sans cesse est conjuré…
Non, le peuple ignorant est le plus indocile :
A qui connaît ses droits, le devoir est facile.
« Mais, disent quelques-uns, l’ouvrier qu’on instruit
En remplira-t-il mieux la carrière qu’il suit ?
Sera-t-il plus heureux, plus actif et plus sage ? »
Sans doute : l’ouvrier comprendra son ouvrage,
Le perfectionnera, s’il se peut… et le soir,
Lorsque le malheureux qui ne veut rien savoir
Tentera d’endormir ses peines dans l’ivresse,
Lui, dans nos bons auteurs puisera la sagesse,
Plus haut qu’une machine il saura se placer,
Et verra qu’il est doux d’être homme et de penser.
Certes, il ne faut pas qu’il sorte de sa sphère :
Un peuple de savants nous est peu nécessaire ;
Mais cet excès je crois n’est pas à redouter :
Chacun de son état saura se contenter
Quand il connaîtra bien ce qu’il faut de génie
Pour trouver dans ce siècle une route aplanie
Vers les grandeurs, la gloire, où si peu sont admis.
Cependant on a vu de sublimes esprits
Sortir du peuple… Alors, gloire à leur hardiesse !
La science a pour eux des lettres de noblesse.
Mais sans l’instruction, sans ses vives clartés,
Partis d’un rang obscur, ils y seraient restés.
Que d’hommes nés plus grands que tous ceux qu’on admire,
Messieurs, n’ont été rien faute d’avoir su lire !
Commensal des palais, le savoir autrefois
Du peuple dédaigné fuyait les humbles toits.
Aussi qu’était le peuple ? Une masse servile,
Pour les ambitieux un instrument docile
Qu’on agitait aux cris de gloire et liberté ;
Pour les grands, les seigneurs, une propriété
Dont ils disposaient seuls sans scrupule et sans crainte.
Mais des hommes meilleurs ont entendu ses plaintes ;
Ils ont pris en pitié sa peine et ses erreurs,
Sont descendus à lui pour guérir ses douleurs ;
Ils ont, foulant aux pieds l’ignorance irritée,
Purifié le peuple… et comme Prométhée,
Faibles mortels, auteurs d’un bienfait immortel,
Ont pour le ranimer ravi le feu du ciel.
Honneur à leurs efforts ! honneur surtout au sage
Qui de l’instruction simplifia l’usage,
Apprit à notre siècle un art si bienfaisant
Par lequel l’écolier s’instruit en s’amusant,
De l’ordre, du travail se fait un soin facile,
Et le prépare jeune au besoin d’être utile.
Encourageons cet art né sur le sol français,
Gage d’heureux destins, qu’il prospère à jamais,
Jusqu’aux plus aveuglés que sa clarté s’étende ;
Qu’il brave la routine, et qu’enfin il répande
Sur un pays longtemps par l’erreur agité,
Trois dons du ciel : grandeur, richesse et liberté.
(Pléiade, t.I)