oeuvres essais poetiques
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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

LE CULTE DE NAPOLÉON

La disparition de Napoléon, mort le 5 mai 1821 à Sainte-Hélène, détermine en France une recrudescence du culte napoléonien, largement entretenu par ceux qui pour l’heure sont les modèles littéraires de Gérard, Béranger et Delavigne. Le premier publie Au Cinq mai, et Adieux à la gloire, le second La Bataille de Waterloo au Livre I des Messéniennes, et À Napoléon au Livre II. Nerval n'est pas seul à admirer Les Messéniennes, Hugo s'y réfère aussi explicitement, et Sainte-Beuve dit que lui-même "en est fou". Dans ses cahiers d’adolescent, Nerval consacre cinq pièces à Napoléon, Adieux de Napoléon, À Napoléon, traduit de Lord Biron, Le retour de l’exilé, Élégie nationale à mettre en vers, Sur la bataille du Mont-Saint-Jean et Le Cinq mai, avant de publier en février 1826 chez Ladvocat son premier recueil de cinq Élégies, Napoléon et la France guerrière.

Il y a chez Nerval une ferveur personnelle pour Napoléon, nourrie du culte familial pour l'Empereur, mais aussi du souvenir tout intime de la petite enfance dans la proximité de la famille de Joseph Bonaparte, qui fut à Mortefontaine un peu la sienne. Nerval a ainsi nettement choisi, dans la production littéraire du moment, de se démarquer de Victor Hugo qui depuis 1822, date à laquelle il publie ses Odes et Poésies diverses (rééditées en 1823, augmentées en 1824 pour devenir Odes et Ballades), fait clairement sa cour à la monarchie restaurée, à Chateaubriand ou au souvenir du général Moreau, et vilipende Napoléon (en mars 1822 dans l’ode, Buonaparte, et en juillet 1825 dans Les Deux îles). Ce n’est qu’en février 1827, avec l’Ode à la Colonne Vendôme que Hugo s’avise de la nécessité de changer de bord, sur les conseils de Sainte-Beuve qui a bien vite compris que la nouvelle école littéraire ne pouvait s’appuyer politiquement sur l’éteignoir royaliste, et en donne le conseil à Victor Hugo dans le long article consacré à ses débuts (Le Globe, 2 et 9 janvier 1827). Pour Nerval, Hugo deviendra alors fréquentable, et il pourra se lancer dans l’adaptation de Han d’Islande pour la scène, et se présenter chez le "maître" rue Notre-Dame-des-Champs.

"Le Cinq mai", que Nerval intitule "Chant élégiaque" est la pièce la plus réussie. L'adolescent prend ses distances par rapport à Béranger qui se représentait en vieux soldat de la Grande armée disparue, revenant en France sur un vaisseau espagnol et croisant au large de Sainte-Hélène, où un drapeau noir signale la mort de l'Empereur. Le choix d'un vaisseau espagnol n'est pas innocent: en 1821, l'Espagne à chassé son tyran Ferdinand VII et rétabli sa Constitution de 1812.

L'élégie de Nerval présente une réelle recherche à la fois sur le plan prosodique et dramatique. Nerval utilise le rythme impair de l’heptasyllabe associé à l’alexandrin, au décasyllabe et à l’octosyllabe, compose son texte en trois moments dramatiquement bien définis, attente muette et craintive de la nature comme sous la menace de l’orage, présage d’une nouvelle victime descendue au séjour des morts. De qui s’agit-il ? Non pas d’un grand de ce monde, riche et égoïste "Crésus" mais du "second Mars" mort exilé, empoisonné par ses geôliers, pour s'achever sur une mise en garde: "l'ombre sanglante" de Napoléon est toujours présente au coeur des Français.

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trois représentations de Napoléon sur son lit de mort

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