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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

Gérard de Nerval est né à Paris, mais il a passé sa petite enfance à Mortefontaine, en Valois, berceau de sa famille maternelle. Ses parents se sont mariés à Paris, paroisse Saint-Eustache, le 2 juillet 1807. En décembre, alors que sa femme est déjà enceinte, le docteur Labrunie fait une demande de poste de médecin militaire. Sa demande est agréée début juin 1808, et il part prendre son service dans l’armée du Rhin alors que son fils n’a que quelques semaines. On a dit à Gérard, et il le répètera dans son œuvre, que sa mère avait suivi son époux aux armées, et qu’elle était morte à Glogau, en Silésie, en novembre 1810. Personne jusqu’ici n’a apporté la moindre preuve de cette fin tragique. Le dossier militaire du docteur Labrunie est muet sur ce point.

C’est Antoine Boucher, son grand-oncle maternel, qui a recueilli l'enfant à Mortefontaine jusqu’au retour de son père en 1815. Gérard a sept ans. Il reviendra régulièrement en Valois pour les vacances. En 1841, au cours de la grave crise nerveuse qu'il traverse, sa double ascendance l'obsède, et il inscrit pour la première fois sur sa Généalogie le nom de Mortefontaine et de ses ascendants maternels, les Olivier, les Boucher et les Laurent. Le souvenir des premières années, occulté par l’effervescence de la vie parisienne et des premiers succès littéraires, va réapparaître comme un palimpseste, et s’imposer à partir de 1850. Le hasard d’un feuilleton à écrire (mais le mot hasard a-t-il un sens dans l’itinéraire psychique de Nerval ?) le ramène sur les lieux de l’enfance, dans une enquête qui se veut historique, archéologique, mais où se révèle à chaque pas l’histoire personnelle. Trois ans plus tard, le narrateur de Sylvie suivra le même itinéraire – la route de Flandres qui conduit de Paris en Valois, Mortefontaine, Ermenonville, Chaalis, Dammartin –, avec cette fois l’alibi, ou le masque, d’une quête amoureuse. En 1854 enfin, dans Promenades et Souvenirs, c'est l'errance en quête d'un logement qui va ramener Nerval par des chemins détournés jusqu'à Chantilly et Senlis.

Il est de bon ton aujourd'hui de la part de la critique de porter un regard distancié sur la part d'autobiographie qui nourrit les oeuvres inspirées par le Valois, et tout particulièrement Sylvie. Bien sûr, le narrateur n'est pas Nerval et le récit, comme il le dit lui-même "recompose" les souvenirs. Mais méconnaître leur authenticité, c'est passer à côté de l'enjeu vital sur le plan existentiel qu'a représenté pour lui le retour en Valois à partir de 1851. Le témoignage de Georges Bell est à cet égard déterminant. Se rendre en Valois, nous répète Nerval, est géographiquement incommode, belle métaphore pour dire la difficulté à cheminer temporellement vers cette terre maternelle où s'inscrit sa double identité de Nerval et de Laurent. Il s'agit au sens propre du terme de retrouver ses racines, implantées, nous montre la Généalogie, dans le granit de la terre de Nerval ou Nerva. Si ce retour aux sources n'avait été pour Nerval que le sujet d'un aimable récit agrémenté de quelques souvenirs personnels pittoresques, aurait-il provoqué la violente recrudescence de son mal juste après la publication de Sylvie en août 1853, et la transfiguration onirique dont la maison de Mortefontaine et ses hôtes sont l'objet dans Aurélia ?

"Pendant que la voiture monte les côtes, recomposons les souvenirs du temps où j’y venais si souvent", écrit Nerval. L’évocation du Valois fonctionne en effet à travers l’œuvre comme une composition musicale, où, comme la petite phrase de Vinteuil, les motifs apparaissent, s’éloignent pour reparaître, reconnaissables, mais pourtant altérés, selon une ligne mélodique qui préserve les secrets.

Nous proposons ici de suivre ces itinéraires où se révèle le Valois, dans sa réalité et sa transfiguration, à travers cinq pages: Enquête sur l'ascendance maternelle, Les Faux Saulniers, Sylvie, Promenades et Souvenirs et Aurélia , et un diaporama de promenades dans le Valois de Gérard de Nerval.

Carte Cassini Valois detail Mortefontaine
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