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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

LA BIBLIOTHÈQUE DE MON ONCLE

En mai 1852, Nerval publie en volume chez Lecou Les Illuminés, avec en préface un texte intitulé "La Bibliothèque de mon oncle", destiné à expliquer son goût pour l'illuminisme. Il est très possible qu'Antoine Boucher, qui apprenait à Nerval enfant que "Dieu, c'est le soleil", et a vécu durant sa jeunesse dans la proximité des Illuminés d'Ermenonville, ait beaucoup lu de ces petits ouvrags anonymes qui pullulaien alors, puis ait empilé au grenier ses livres, dont le très mauvais état explique qu'ils n'apparaissent pas dans l'inventaire de sa maison dressé après décès en 1820. La "recomposition" des souvenirs, joue de la surimpression de la maison d'Antoine Boucher et de la bibliothèque du docteur Vassal, largement pourvue en livres de mystique et d'ésotérisme.

J'ai été élevé en province, chez un vieil oncle qui possédait une bibliothèque formée en partie à l'époque de l'ancienne révolution. Il avait relégué depuis dans son grenier une foule d'ouvrages, - publiés la plupart sans noms d'auteur sous la Monarchie; ou qui, à l'époque révolutionnaire, n'ont pas été déposés dans les bibliothèques publiques. - Une certaine tendance au mysticisme, à un moment où la religion officielle n'existait plus, avait sans doute guidé mon parent dans le choix de ces sortes d'écrits: il paraissait avoir depuis changé d'idées et se contentait, pour sa conscience, d'un déisme mitigé.

Ayant fureté dans sa maison jusqu'à découvrir la masse énorme de livres entassés et oubliés au grenier, - la plupart attaqués par les rats, pourris ou mouillés par les eaux pluviales passant dans les intervalles des tuiles, - j'ai tout jeune absorbé beaucoup de cette nourriture indigeste ou malsaine pour l'âme; et plus tard même, mon jugement a eu à se défendre contre ces impressions primitives.

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