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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

SE RALLIER À VICTOR HUGO

Nerval ne fut jamais un « hugolâtre ». Dans ses cahiers de jeunesse, il manifestait même son opposition farouche aux excès verbaux du maître. Pourtant, en 1829, il manifeste la volonté de se rapprocher de Victor Hugo par un essai d’adaptation pour le théâtre du roman Han d’Islande, que Hugo avait publié en 1823. En 1939, Gisèle Marie portait à la connaissance du public l’existence de ce manuscrit autographe de Nerval, daté de 1829. Nerval avait composé son mélodrame en 3 actes et 9 tableaux et le destinait à l’Ambigu-Comique, puisqu’il prévoyait de faire jouer le rôle de Han par l’acteur Beauvallet, successeur de Frédérick Lemaître à L’Ambigu. La pièce ne fut jamais représentée, mais permit sans doute à Nerval de se rapprocher de Victor Hugo et d’être reçu chez lui.

Ulrich Guttinger écrit dans ses Mémoires en date du 27 juin 1829, "J’ai fait chez Victor Hugo la connaissance du jeune traducteur de Faust. C’est un esprit charmant, avec des yeux naïfs, et qui a des idées à lui sur Goethe et sur l’Allemagne. Il avait demandé à Victor Hugo la permission de lui présenter quelques-uns de ses amis, et l’un d’eux, qui a l’air d’un étudiant et qui porte sur le dos des cheveux aussi longs que ceux d’une jeune fille [on a reconnu Gautier], m’a dit qu’il se destinait d’abord à la peinture, mais qu’à présent, il voulait faire de la littérature comme Gérard. Voilà encore deux bonnes recrues pour les batailles à venir !"

Nerval en effet fut un des plus ardents combattants de la bataille d’Hernani. Témoignage de Gautier : "Hernani se répétait, et au tumulte qui se faisait déjà autour de la pièce, on pouvait prévoir que l’affaire serait chaude. Assister à cette bataille, combattre obscurément dans un coin pour la bonne cause était notre vœu le plus cher, notre ambition la plus haute ; mais la salle appartenait, disait-on, à l’auteur, au moins pour les premières représentations, et l’idée de lui demander un billet, nous, rapin inconnu, nous semblait d’une audace inexécutable. Heureusement, Gérard de Nerval, avec qui nous avions eu au collège Charlemagne une de ces amitiés d’enfance que la mort seule dénoue, vint nous faire une de ces rapides visites inattendues dont il avait l’habitude […] Gérard, à cette époque, était déjà un assez grand personnage. La célébrité l’était venue chercher sur les bancs du collège. À dix-sept ans, il avait eu un volume de vers imprimé et, en lisant la traduction de Faust par ce jeune homme presque enfant encore, l’olympien de Weimar avait daigné dire qu’il ne s’était jamais si bien compris. Il connaissait Victor Hugo, était reçu dans la maison et jouissait bien justement de toute la confiance du maître, car jamais nature ne fut plus délicate, plus dévouée et plus loyale. Gérard était chargé de recruter des jeunes gens pour cette soirée qui menaçait d’être si orageuse et soulevait d’avance tant d’animosité. Il avait dans ses poches, plus encombrées de livres, de bouquins, de brochures, de carnets à prendre des notes, car il écrivait en marchant, que celle du Colline de la Vie de bohème, une liasse de petits carrés de papier rouge timbrés d’une griffe mystérieuse inscrivant au coin du billet le mot espagnol : hierro, voulant dire fer. Cette devise, d’une hauteur castillane bien appropriée au caractère d’Hernani, et qui eût pu figurer sur son blason, signifiait aussi qu’il fallait être, dans la lutte, franc, brave et fidèle comme l’épée. Nous ne croyons pas avoir éprouvé de joie plus vive en notre vie que lorsque Gérard, détachant du paquet six carrés de papier rouge, nous les tendit d’un air solennel, en nous recommandant de n’amener que des hommes sûrs..."

Loyale recrue de la bataille, Gautier en reçut la récompense attendue : "Nos états de service d’Hernani – trente campagnes, trente représentations [il y eut 33 représentations d’Hernani, entre février et juin 1830] vivement disputées – nous donnaient presque le droit d’être présenté au grand chef. Rien n’était plus simple : Gérard de Nerval ou Petrus Borel, dont nous avions fait récemment la connaissance, n’avaient qu’à nous mener chez lui […] Victor Hugo, que le nombre de visiteurs amenés par les représentations d’Hernani avait fait renvoyer de la paisible retraite qu’il habitait au fond d’un jardin rempli d’arbres, rue Notre-Dame-des-Champs, était venu se loger dans une rue projetée du quartier François 1er, rue Jean Goujon, composée alors d’une maison unique, celle du poète; autour s’étendaient les Champs-Élysées presque déserts et dont la solitude était favorable à la promenade et à la rêverie."

Le ralliement de Gérard, à défaut d’amitié, fut scellé par l’ode intitulée Les Doctrinaires, datée du "16 octobre 1830" et dédiée "À Victor Hugo", composée pour célébrer les journées de juillet et publiée en 1831 dans l’Almanach des Muses.

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manuscrit autographe de Han d'Islande

la bataille d'Hernani

manuscrit autographe des Doctrinaires, ode dédiée à Victor Hugo

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