Sophie de Feucheres
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"FANTAISIE"

"Fantaisie" est avec "El Desdichado" le poème emblématique de Nerval. Publié pour la première fois en 1832, il est régulièrement repris en revues, sous d'autres titres, "Souvenirs d'une autre vie", "Vision", "Odelette". En 1853, Nerval l'insère dans le premier des trois Châteaux des Petits Châteaux de Bohême, comme témoignage de sa première inspiration lyrique, celle des odelettes.

Le poème se déroule comme une réminiscence, à la manière de Proust, comme si la mémoire involontaire, éveillée par une donnée auditive – ici un vieil air, sans doute une chanson populaire comme les aimait Nerval - déclenchait la lanterne magique des images fondatrices de la mythologie personnelle, celle du "coteau vert que le couchant jaunit", puis du "château de brique à coins de pierre", et enfin de la " dame à sa haute fenêtre".

Ce qui surgit ici, c'est le monde de l'enfance, Mortefontaine ou Saint-Germain-en-Laye, selon le processus de la rêverie à l’œuvre également, mais sur le mode du récit, dans Sylvie : la lecture de l’annonce dans un journal de la Fête de l’arc en Valois déclenche chez le narrateur le souvenir des mêmes fêtes à Loisy, lieu de son enfance, et par association celui d'un autre château – et si c'était le même? – où lors d'une fête enfantine, il avait vu comme dans un songe celle qu'il nomme Adrienne, et qui lui rappelle Aurélie, l'actrice dont il est amoureux.

En même temps que le pouvoir de la mémoire involontaire, suscitée par la sensation auditive ou visuelle, Nerval a éprouvé une autre vérité proustienne, celle du pouvoir de la rétrospection : l’instant présent, dans la précarité de son vécu, ne prendra consistance que dans sa reviviscence, et c’est le rôle de l’écriture d’en extraire et d’en fixer l’essence, le temps retrouvé.

Le château des origines, c'est aussi celui vers lequel tend le rêve, comme le havre au terme d'un difficile parcours initiatique. Ainsi conclut le Troisième Château: "Château de cartes, château de Bohême, château en Espagne, – telles sont les premières stations à parcourir pour tout poète. Comme le fameux roi dont Charles Nodier a raconté l'histoire, nous en possédons au moins sept de ceux-là pendant le cours de notre vie errante, – et peu d'entre nous arrivent à ce fameux château de briques et de pierre, rêvé dans la jeunesse, – d'où quelque belle aux longs cheveux nous sourit amoureusement à la seule fenêtre ouverte, tandis que les vitrages treillissés reflètent les splendeurs du soir." Le temps humain relie ainsi les fins aux origines, et plus largement se dessine peut-être déjà chez le poète de vingt-trois ans la perspective pythagoricienne des cycles de vies ininterrompus: "Que dans une autre existence peut-être...".

Emprunt, source commune ? en 1837, dans un poème intitulé "Passé" des Voix intérieures, Victor Hugo lui aussi évoque le château emblématique, dans des termes très proches de l'odelette de Nerval :

"C'était un grand château du temps de Louis treize.
Le soleil rougissait ce palais oublié.
Chaque fenêtre au loin transformée en fournaise,
Avait perdu sa forme et n'était plus que braise.
Le toit disparaissait dans les rayons noyé.
Sous nos yeux s'étendait, gloire antique abattue,
Un de ces parcs dont l'herbe inonde le chemin..."
etangs de Mortefontaine

Les coteaux et les étangs de Mortefontaine.

Mme Adrien de Feuchères, qui devint en 1831 propriétaire du domaine de Mortefontaine.

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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE
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