Asselineau Bibliotheque romantique
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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

CHARLES ASSELINEAU (1820-1874)

Comme Nerval, Asselineau était fils de médecin, comme lui, il ne devait pas suivre les traces paternelles. Après des études au lycée Condorcet (Bourbon alors), où il eut pour condisciple Nadar, et de timides essais littéraires, il préféra mettre sa plume au service de celles des autres, et tout particulièrement des bohèmes romantiques de la foisonnante génération de 1830, dont bien des noms oubliés n'apparaissent plus que dans ses Mélanges tirés d’une petite bibliothèque romantique, parus en 1866. À propos du Prince des sots, drame que Nerval a composé dans sa jeunesse avec Gautier, et dont le manuscrit a disparu,ce dernier évoque la passion d’Asselineau : "On ignore au fond de quel tiroir à la clef perdue depuis longtemps, au fond de quelle malle oubliée et de quel grenier hanté de rats, est allé, après bien des vicissitudes, échouer le Prince des sots […] Le Prince des sots était précédé d’un prologue de notre composition […] Nous avions même joint au manuscrit un dessin colorié représentant la gueule d’enfer avec une naïveté gothique affectée. Nous donnons ce renseignement et ce signalement à notre cher ami et confrère Charles Asselineau, l’archiviste Lindurst du romantisme, qui retire de l’oubli tous ces volumes aux vignettes étranges, à la typographie caractéristique, qu’il catalogue, décrit, adorne avec l’enthousiasme minutieux du vrai bibliophile. M. Asselineau, comme tout être délicat favorisé par le ciel d’une jolie manie, a sa tulipe noire, son dahlia bleu, son desideratum ; il voudrait posséder en original le Prince des sots de Gérard".

La passion bibliophilique de Charles Asselineau l’avait amené à prendre un logement tout près de la Bibliothèque de la rue de Richelieu, et à fréquenter assidûment bouquinistes des bords de Seine et salles des ventes qu’il évoque avec humour dans L’Enfer du bibliophile. "Petit, brun, toujours vêtu de noir et cravaté de blanc, son extérieur était des plus distingué, on devinait tout de suite le savant de bonne compagnie, l’érudit tempéré par l’homme du monde. Ses yeux, d’un dessin un peu chinois, annonçaient beaucoup de curiosité et de finesse. Il parlait doucement. – Tel était Charles Asselineau... à vingt-cinq ans, - lorsque je le vis pour la première fois à la Bibliothèque de la rue Richelieu", écrit Charles Monselet dans De A à Z, portraits contemporains. À la même époque (1845), Asselineau fait la connaissance de Baudelaire, dont il devient l’ami dévoué, et le premier biographe, entrant du même coup dans le cercle de l’éditeur Poulet-Malassis.

C’est en 1849 ou 1850, dit-il, qu’il fait la connaissance de Nerval. Goût commun pour les longues causeries érudites, discrétion élégante, humour, curiosité partagée pour la littérature allemande et pour l’onirisme de Swedenborg (La Double vie, L’Enfer du bibliophile), Nerval et Asselineau étaient faits pour s’apprécier. Suivant attentivement les publications de son ami, Asselineau donne en 1852 et 1853 des comptes rendus des Illuminés et de Lorely, reçoit en 1853 un exemplaire dédicacé "À mon ami Asselineau" des Filles du feu, (vendu 9.50 francs en 1875) et écrit plusieurs articles sur Les Filles du feu et Aurélia en 1854 et 1855, et sur La Bohème galante le 2 février 1856, à la suite de la publication que fit Michel Lévy d’une œuvre sous ce titre quelques mois après la mort de Nerval.

Il n’y a pas de lettres connues de Nerval à Asselineau, seulement une mention de lui dans la lettre du 17 octobre 1854 au prote de l’imprimerie de la Revue de Paris pour réclamer les épreuves de la deuxième partie d’Aurélia qui lui permettront de faire les raccords avec la première, épreuves à confier à Asselineau, ce qui prouve leur proximité des derniers jours.

Charles Asselineau a donné le 15 septembre 1861 dans la Revue fantaisiste, un article particulièrement documenté sur Nerval. C’est le témoignage honnête, sobre, sensible et bienveillant d’un ami vrai, qui, avec beaucoup de finesse psychologique, éclaire bien des aspects de la personnalité et de la vie de Nerval: son indépendance d’esprit, sa fierté et son goût de la liberté, qui expliquent qu’il n’ait pas eu de son vivant la carrière brillante de Balzac ou de Dumas, sa conversation étincelante, nourrie d’érudition et servie par une mémoire exceptionnelle, mais pleine d’ellipses, qui ont pu passer aux yeux de certains pour des symptômes d’incohérence délirante, ses errances dans Paris où il entraînait quelque ami, et qu’Asselineau reconnaît dans les Nuits d’octobre, les prétendues extravagances, qui n’étaient souvent que jeu émaillé d’érudition allusive, dont le malheureux Champfleury fit plusieurs fois les frais, la folie, qu’Asselineau n’admet que parce qu’elle fut cautionnée par le docteur Blanche, mais qui n’a jamais empêché chez Nerval une écriture parfaitement maîtrisée, les emprunts sans grand scrupules de certains, comme cette Belle Gabrielle, drame que Nerval composa avec Maquet dans ses derniers jours, mais qui ne fut joué à la Porte-Saint-Martin en janvier 1857 que sous le seul nom de Maquet, ces jours de janvier 1855 enfin, où Asselineau vit Nerval désespéré de ne pouvoir achever comme il le souhaitait la seconde partie d’Aurélia, son épuisement physique et moral, son angoisse à l’idée d’être à nouveau enfermé, qui lui fit préférer la mort.

Voici la quasi intégralité de ce témoignage, mis à part sa dernière partie qui est une étude sur Aurélia.

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Asselineau Bibliotheque romantique2

Les Filles du feu, exemplaire dédicacé par Nerval à Asselineau

Charles Asselineau, Bibliothèque romantique, 1866

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