SYLVIE LÉCUYER site de création & de recherche
tous droits réservés
mise à jour 15/04/10
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Ce site est conçu comme un espace de recherche et de création en triptyque, Entropies vidéos, Passage de la Trinité et Des Nouvelles de Gérard de Nerval.
ENTROPIES
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entropie:
régression des structures différenciées,
dégénérescence à l'infini
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Fonction chargée de mesurer la dégradation de l’énergie et le degré de désordre de la matière, l’entropie a mis en évidence "qu’un système ne passe jamais deux fois par le même état". Appliquée à la conscience humaine, elle exprime l’évidence existentielle de l’irréversible, de l’inéluctable dégradation ou déperdition des êtres et des choses, la victoire du désordre, voire du chaos sur les formes structurées, de l’instable sur le permanent, de l’autre sur le même. Défaite du rêve narcissique d’ipséité et d’éternité, qui s’inscrit dans la conscience comme une part manquante, une absence qu’elle rêve de combler ou au moins de dire. Pour dire la conscience séparée dont l'expérience est à l'origine de toute création, il est vrai que le vecteur le plus adéquat paraît être le langage des mots. Mais contre l'évidence existentielle de l'écart, de l'absence ressentie dans la vie par une conscience faite pour la mort, mais plus encore faite de la tension entre désir de ténèbre et exigence de clarté le verbe peine à faire sens. "Et la phrase serait cette lenteur d'ombre, dénuée de toute intention, hors celle de se déployer dans sa propre intériorité" écrivait Claude Louis-Combet dans Le Péché d'écriture.
Au texte, j’ai donc préféré l'image qui, sans annuler le désastre, en est comme la substantiation, fonctionnant à l'égard du réel qui l'inspire à la manière d'un révélateur photographique. La part manquante s'y inscrit comme l'ombre en clair sur un négatif et dans l'étrangeté ainsi suscitée, la conscience déchiffre, comme une émergence rêveuse, quelque chose d'elle-même. Expérience de rêveur éveillé, dans une connivence très ancienne avec la disponibilité au surgissement des images, que Julien Gracq captait dans les eaux étroites de l'Evre:"Mon esprit est ainsi fait qu'il est sans résistance devant ces agrégats de rencontres, ces précipités adhésifs que le choc d'une image préférée condense autour d'elle anarchiquement; bizarres stéréotypes poétiques qui coagulent dans notre imagination, autour d'une vision d'enfance, pêle-mêle des fragments de poésie, de peinture, de musique... Les images que déroule tout voyage initiatique renvoient chacune en énigme à une rencontre préfigurée qu'elles font pressentir et qui les achèvera". (Julien Gracq, Les Eaux étroites, José Corti).
Images-vidéos donc, de décomposition en eaux dormantes, du presque rien, en infusion lente de matière qui se défait, en instance de dislocation, entropies lovées au sein de l’organique, dans l'ambivalence de l'eau miroir ou pourrissante où s'enchante la rêverie. "La rêverie...finit au sein d'une eau triste et sombre, au sein d'une eau qui transmet d'étranges et funèbres murmures. La rêverie près de l'eau, en retrouvant ses morts, meurt, elle aussi, comme un univers submergé" dit Bachelard dans L'eau et les rêves. Images aussi d’autres usures et déperditions, en écho à d’autres univers submergés, celui de Kiefer, celui de Boltanski, celui de Nerval aussi, qui a si bien dit dans Aurélia la hantise d’un monde qui se décompose et se meurt : "
"Mes Semaines de bonté", dans la droite ligne évidemment des collages de Max Ernst, se proposent le même objectif, à partir d'une autre réalité, le plus souvent des images d'objets d'art, détournées de cette fonction par le découpage et l'assemblage, devenues représentations hasardeuses à tirer au loto d'une très vieille enfance.
PASSAGE DE LA TRINITÉ
Le Passage de la Trinité constituait, au début du XIXe siècle, l’entrée de l’ancien Hospice de la Trinité. Situé dans un des plus vieux quartiers de Paris, entre la rue Saint-Denis et la rue Saint-Martin, il fut détruit par le percement du boulevard du Centre, futur boulevard Sébastopol, en 1854. Au fond du Passage, la rue des Arts était lotie en habitations. C’est là qu’est né en 1829 Léon Louis Lécuyer, artiste peintre, c’est là que prend sa source mon "univers submergé ", et il me plaît qu’il soit à deux pas de celui de Nerval qui vécut lui aussi douloureusement la destruction de son quartier par les bouleversements haussmanniens. Le fils, le petit-fils et la petite-fille de Léon-Louis Lécuyer furent aussi artistes, plasticiens et lyrique.
DES NOUVELLES DE GÉRARD DE NERVAL
Le troisième volet du triptyque est consacré à Gérard de Nerval. Nerval est de ces artistes rares qui savent susciter autour d'eux la ferveur. Celle de quelques-uns de ses contemporains, mais bien plus encore de ceux qui, ne l'ayant pas connu, ont entrepris de démêler le réseau de légende qu'il avait contribué à tisser autour de sa vie, Aristide Marie, bien sûr, puis Raymond Jean, Jean Richer, Jean Guillaume, Jean Béchade-Labarthe, Edouard Peyrouzet, Claude Pichois et Michel Brix, dont le tout récent Dictionnaire Nerval est un bonheur pour les nervaliens. Au fil des exégèses, l'oeuvre aussi s'est recomposée, au sens où Nerval se proposait de recomposer ses souvenirs, devenant miroir où celui qui le regarde s'est vu lui-même. Après Proust et Breton, il était impossible de lire Nerval autrement qu'à travers ce que le premier avait dit du travail de la mémoire involontaire et le second de la folie "lucide". Dès lors que s'ouvrait la psychologie des profondeurs, de nouveaux déchiffrements - ceux d'Albert Béguin, de Georges Poulet, de Jean-Pierre Richard - densifiait l'oeuvre en lui donnant de nouveaux visages, et se comprenait mieux celui, ravagé de fatigue et d'angoisse de la défaite de Nerval posant quelques semaines avant son suicide, devant son ami Nadar. Aujourd'hui, c'est sous les regards croisés de Pontalis, Dolto ou Winnicott que nous reprendrons la lecture. La vie et l'oeuvre de Nerval - et sa vie est peut-être son chef-d'oeuvre - ne peuvent s'appréhender que comme un réseau de correspondances dont les fils se tricotent, d'où le choix de la toile pour donner de ses nouvelles dans un entrecroisement labyrinthique jamais définitif, jamais achevé.
contact: slecuyercontact@orange.fr
Sylvie Lécuyer, agrégée et docteur en lettres, auteur chez Honoré Champion, diplômée de l'Ecole du Louvre