SYLVIE LÉCUYER | site de création & de recherche | tous droits réservés | mise à jour: 17/10/09 | |||||||||||||||||||||
Ce site est conçu comme un espace de recherche et de création en triptyque, Entropies, Passage de la Trinité et Des Nouvelles de Gérard de Nerval | ||
entropies - Vidéos Semaines de bonté
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_____________________ entropie: régression des structures différenciées, dégénérescence à l'infini ____________________ | ||
"Et la phrase serait cette lenteur d'ombre, dénuée de toute intention, hors celle de se déployer dans sa propre intériorité" écrivait Claude-Louis Combet dans Le Péché d'écriture. Pour dire la conscience séparée dont l'expérience est à l'origine de toute création, il est vrai que le vecteur le plus adéquat paraît être le langage des mots. Mais contre l'évidence existentielle de la part manquante en soi, de l'écart, de l'absence ressentie dans la vie par une conscience faite pour la mort, mais plus encore faite de la tension entre désir de ténèbre et exigence de clarté, on sait bien que le texte ne fera que provisoirement sens, dans un mouvement en abîme où la ténèbre se régénère à l'infini. Dans le rapport qu'elle pouvait entretenir avec la conscience séparée, je lui ai donc préféré l'image. Je n'en attends pas qu'elle comble l'absence - par quel miracle le ferait-elle? - mais bien plutôt qu'elle en change la polarité. L'image n'annule pas le désastre, mais elle en est comme la substantiation, fonctionnant à l'égard du réel qui l'inspire à la manière d'un révélateur photographique. La part manquante s'y inscrit comme l'ombre en clair sur un négatif et dans l'étrangeté ainsi suscitée, la conscience déchiffre, comme une émergence rêveuse, quelque chose d'elle-même. Expérience de rêveur éveillé, dans une connivence très ancienne avec la disponibilité au surgissement des images, que Julien Gracq captait dans les eaux étroites de l'Evre:"Mon esprit est ainsi fait qu'il est sans résistance devant ces agrégats de rencontres, ces précipités adhésifs que le choc d'une image préférée condense autour d'elle anarchiquement; bizarres stéréotypes poétiques qui coagulent dans notre imagination, autour d'une vision d'enfance, pêle-mêle des fragments de poésie, de peinture, de musique... Les images que déroule tout voyage initiatique renvoient chacune en énigme à une rencontre préfigurée qu'elles font pressentir et qui les achèvera". (Julien Gracq, Les Eaux étroites, José Corti) Les images, fixes ou mobiles, tentent donc d'assumer cette fonction de déchiffrement en épousant les lignes de force plastiques qui polarisent la "chose en souffrance". Le mouvement, lent, comme décomposé, d'abord, dans l'étendue, comme un chemin qui bifurque, ou comme un labyrinthe dont le centre est labile, ou la profondeur, trous, creux humides, puis l'élémentaire, l'eau stagnante, profonde et trouble, l'organique proliférant, végétal, primaire, cellulaire, puis la couleur, un peu, le gris et ses variations infinies, le blanc laiteux progressivement happé par le noir, du je ne sais quoi, du presque rien en infusion lente de matière qui se défait, en instance de dislocation, entropies lovées au sein du minuscule dans l'ambivalence de l'eau miroir ou pourrissante où s'enchante la rêverie. "La rêverie...finit au sein d'une eau triste et sombre, au sein d'une eau qui transmet d'étranges et funèbres murmures. La rêverie près de l'eau, en retrouvant ses morts, meurt, elle aussi, comme un univers submergé" dit Bachelard dans "Les eaux profondes", in L'eau et les rêves.. Mes Semaines de bonté, dans la droite ligne évidemment de Max Ernst, se proposent le même objectif, à partir d'une autre réalité, le plus souvent des images d'objets d'art, détournées de cette fonction par le découpage et l'assemblage, devenues représentations hasardeuses à tirer au loto d'une très vieille enfance. | ||
passage de la Trinité | ||
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Le Passage de la Trinité constituait, au début du XIXe siècle, lentrée de lancien Hospice de la Trinité. Situé dans un des plus vieux quartiers de Paris, entre la rue Saint-Denis et la rue Saint-Martin, il fut détruit par le percement du boulevard du Centre, futur boulevard Sébastopol, en 1854. Au fond du Passage, la rue des Arts était lotie en habitations. Cest là quest né en 1829 Léon Louis Lécuyer, artiste peintre, cest là que prend sa source mon "univers submergé ", et il me plaît quil soit à deux pas de celui de Nerval qui vécut lui aussi douloureusement la destruction de son quartier par les bouleversements haussmanniens. Le fils, le petit-fils et la petite-fille de Léon-Louis furent aussi artistes, plasticiens et lyrique. Le deuxième volet de ce triptyque est une autre manière de dire la conscience séparée en ce quelle se retrouve bien davantage en eux que dans ma propre histoire. C'est le portrait de Jules Lécuyer qui vous ramènera à la page d'accueil du Passage de la Trinité.
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des nouvelles de Gérard de Nerval | ||
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Le troisième volet du triptyque sera comme le désir de recevoir et de donner des nouvelles d'un ami lointain et très cher. Nerval est de ces artistes rares qui savent susciter autour d'eux la ferveur. Celle de quelques-uns de ses contemporains, mais bien plus encore de ceux qui, ne l'ayant pas connu, ont entrepris de démêler le réseau de légende qu'il avait contribué à tisser autour de sa vie, Aristide Marie, bien sûr, puis Raymond Jean, Jean Richer, Jean Guillaume, Jean Béchade-Labarthe, Edouard Peyrouzet, Claude Pichois et Michel Brix, dont le tout récent Dictionnaire Nerval est un bonheur pour les nervaliens. Au fil des exégèses, l'oeuvre aussi s'est recomposée, au sens où Nerval se proposait de recomposer ses souvenirs, devenant miroir où celui qui le regarde s'est vu lui-même. Après Proust et Breton, il était impossible de lire Nerval autrement qu'à travers ce que le premier avait dit du travail de la mémoire involontaire et le second de la folie "lucide". Dès lors que s'ouvrait la psychologie des profondeurs, de nouveaux déchiffrements - ceux d'Albert Béguin, de Georges Poulet, de Jean-Pierre Richard - densifiait l'oeuvre en lui donnant de nouveaux visages, et se comprenait mieux celui, ravagé de fatigue et d'angoisse de la défaite de Nerval posant quelques semaines avant son suicide, devant son ami Nadar. Aujourd'hui, c'est sous les regards croisés de Pontalis, Dolto, Winnicott et Klein que nous reprendrons la lecture. La vie et l'oeuvre de Nerval - et sa vie est peut-être son chef-d'oeuvre - ne peuvent s'appréhender que comme un réseau de correspondances, une toile dont les fils se tricotent, d'où le choix de la toile pour donner de ses nouvelles dans un entrecroisement labyrinthique jamais achevé . Si vous vous perdez dans le lacis qui ira se densifiant, c'est toujours le daguerréotype de Legros, au doigt dubitativement posé sur le menton dont Nerval disait qu'il faisait "trop vrai" qui vous ramènera à sa page d'accueil.
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contact: slecuyercontact@orange.fr Sylvie Lécuyer, agrégée et docteur en lettres, auteur chez Honoré Champion, diplômée de l'Ecole du Louvre | ||