SYLVIE LÉCUYER | site de création & de recherche | tous droits réservés | mise à jour: 17/10/09 | |||||||||||||||||||||
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Originaires tous deux de Marseille, Barthélemy et Méry furent les satiristes acharnés du ministère Villèle. Voici ce que dit la préface de l'édition en 4 volumes de leurs oeuvres communes, parue en 1831 chez Dénain, de leur arrivée à Paris: "C'était l'époque où l'étoile de la Restauration rayonnait à son apogée. Paris, Colmar, Saumur, Toulon avaient vu des têtes de Carbonari rouler sur leurs places publiques; le drapeau blanc venait d'accomplir sa promenade militaire de la Bidassoa jusqu'au Trocadéro; l'or du peuple était jeté en pâture aux rancunes de l'émigration; le congréganisme levait la tête et disait: Me voici! tandis que l'heptarchie ministérielle, armée de la censure et méditant sa loi d'aînesse, guidait son bataillon législateur à la conquête de l'ancien régime. Sur cette période de notre histoire, toute radieuse de jésuitisme et de servilité, planait le comte de Villèle, machiavélisme fait homme, politique habile qui pétrit de sa main tous les vieux élémens de haine et d'ambition et les mit au service de sa monarchie." Les pièces des deux premiers volumes suivent pas à pas les avatars du ministère Villèle: T. 1 Sidiennes, Epîtres-Satires sur le dix-neuvième siècle, 15 juin 1825, en 3 chants, adressées à Sidi-Mahmoud, invité à Paris à l'occasion du sacre de Charles X. Quelques lignes de la préface:"A l'époque du sacre de Charles X, en 1825, Sidi-Mahmoud vint à Paris, comme ambassadeur du dey de Tunis, pour assister, dans la basilique de Reims, à la royale cérémonie. M. Dreux-Brézé, qui a emporté dans la tombe tant d'érudition de blason et d'étiquette, avait trouvé, dans ses vieilles chroniques, qu'un Sacre n'était pas complet sans ambassadeur turc, et il avait fait écrire dans toutes les Echelles du Levant d'expédier à Paris quelque frais icoglan avec turban et cachemire. Sidi-Mahmoud fut le produit de cette circulaire. Ce barbare se vit accueilli comme un Dieu par MM. de Villèle et Peyronnet, lesquels voyaient en lui le despotisme et l'abrutissement incarnés. M. de Corbière le conduisit pompeusement à la bibliothèque en lui contant l'histoire d'Omar; M. Cuvier le présenta poliment à ses compatriotes du jardin royal; M. de Puymaurin composa de verve un distique latin, coulé sur bronze, dans lequel le poët donnait à Sidi la prudence des serpens et la force des lions, chose neuve en Orient; enfin les questeurs de la Chambre des députés envoyèrent au noble Turc un coupon de loge en le priant d'assister à l'enfantement de la loi du Sacrilège. Telles étaient les moeurs politiques de l'époque." Epître à M. le comte de Villèle, 28 août 1825. Celle de Nerval paraît le 12 août 1826 dans le Mercure de France du XIXe siècle reprise ensuite dans les Elégies nationales et satires politiques. Nerval précise alors qu'il annonçait une Villéléide "qui ne parut pas, pour des raisons qu'il est aisé de deviner". Les Jésuites, Epître à M. le président Séguier, 15 février 1826. Ici encore, la préface témoigne du souci de coller au plus près de l'actualité:"Ce fut à la suite du mémorable arrêt rendu contre les jésuites par la Cour royale de Paris, que nous publiâmes la satire suivante qui six mois auparavant eût été fulminée par M. de Marchangy." En février 1826 en effet, un publiciste, Montlosier, fait paraître, sous le titre à rallonge de Mémoire à consulter sur un système religieux et politique tendant à renverser la religion, le trône et la société. L'auteur lançait l'idée d'une conspiration visant la mainmise de Rome sur la France, par le biais de la Congrégation qui tient les postes de l'administration et de la police, et est elle-même sous la coupe des Jésuites qu'il faut donc expulser. L'ouvrage a un succès énorme dans l'opinion, déjà rendue largement anticléricale par les avantages que le clergé catholique a su obtenir de la Restauration: augmentation du budget des cultes, autorisation des missions et surtout contrôle de l'enseignement. Frayssinous à la Chambre commet l'erreur de reconnaître explicitement l'existence de collèges jésuites en France. Montlosier saisit la Cour royale, présidée par le chancelier Séguier, qui confirme leur illégalité. Barthélemy et Méry reviennent sur le sujet en novembre dans Rome à Paris. Les Hauts faits des Jésuites de Nerval est annoncé chez Touquet le 20 mai 1826. Les Grecs, Epître au Grand-Turc, 24 avril 1826. La Villéliade, ou la prise du château Rivoli, Poëme héroï-comique en six chants, 23 juillet 1825. T.2 Rome à Paris, Poëme en quatre chants, 22 novembre 1826 Peyronnéide, Epître à M. de Peyronnet, 16 février 1827 Une Soirée chez M. de Peyronnet, ou le 16 avril, Scène dramatique, 19 avril 1827 Le Congrès des ministres, ou La Revue de la Garde nationale, Scènes historiques, 12 mai 1827 La Corbiéréide, Poëme en quatre chants, juin 1827 La Censure, Scène historique, juillet 1827 Etrennes à M. de Villèle, ou Nos adieux aux ministres, 1er janvier 1828 Nerval ne sera que beaucoup plus tard en relation avec Méry. Mais nul doute qu'il n'ait suivi attentivement la production de son futur ami et collaborateur, qui s'acquérait sous Villèle une solide et lucrative renommée, et pensé avec quelque amertume que cette célébrité-là aurait pu être la sienne. Eugène de Mirecourt, qui consacre à Méry le premier de ses portrait des Contemporains, raconte son premier engagement anticlérical à Marseille, qui lui vaut plusieurs mois de prison, ses débuts laborieux auprès d'Alphonse Rabbe à Paris, sa participation au Nain Jaune, puis le succès phénoménal de La Villéliade: "Quiconque a vu Paris le jour où fut publiée la Villéliade a dû nécessairement être illuminé dun rayon prophétique et saluer dans lavenir, à quatre ans de distance, les barricades de Juillet. Jamais satire dun aiguillon plus fin, plus délicat, et en même temps dune portée plus sûre, ne fut lancée contre un homme politique. Il fallait, pour écrire ce chef dÏuvre, une maturité de conviction, une force de logique et un sang-froid railleur qui ne pouvait appartenir à un converti de la veille ; aussi Barthélemy, avec une franchise qui lhonore, avoue-t-il que la meilleure part du succès de la Villéliade est due à son collaborateur. Méry logeait, à cette époque, rue Harlay-du-Palais. Son compagnon de chambre était Armand Carrel. Aucun libraire navait acheté le manuscrit davance. Le Nain-Jaune, écrasé par des amendes énormes, avait cessé de paraître.Comment payer un imprimeur ?Armand Carrel et Méry rassemblent quelques camarades ; on lit le poème ; tous les auditeurs sont dans lenthousiasme et proclament la Villéliade un chef-dÏuvre.Il y avait à cette réunion damis un clerc davoué qui ne sattendait en aucune sorte à être, quelque vingt ans plus tard, ministre de linstruction publique.Achille de Vaulabelle ne possédait pas un sou vaillant.Mais il fouilla dans la poche de son frère, officier aux gardes, y trouva quelques louis, et, quarante-huit heures après, la Villéliade, tout imprimée et toute radieuse, sortait des ateliers typographiques de Féreau, rue du Foin-Saint-Jacques (...) Méry court chez la brocheuse, met sous son bras un paquet de treize exemplaires et se dirige vers le Palais-Royal. Il entre chez le libraire Ponthieu, sous la galerie de Bois. - Voulez-vous, lui dit-il, montrant son paquet, prendre ceci en dépôt ? - Non, vraiment, dit Ponthieu, je suis encombré de brochures, Il en pleut de tous côtés, je ne reçois plus rien. - Mais, objecte Méry, ce que je vous offre peut avoir du succès ; le Constitutionnel en a longuement parlé ce matin. Le libraire dresse loreille. - Etes-vous sûr de cela ? dit-il au poète. - Rien de plus facile que de vous en assurer : faites acheter le journal, répond Méry. Deux minutes après, Ponthieu lisait larticle avec un air de stupéfaction profonde. Il était à peine au bas de la première colonne, quun individu ouvre la porte et de mande : - La Villéliade, sil vous plaît ? - Voilà ! se hâte de répondre Ponthieu, prenant avec vivacité les treize brochures sous le bras de Méry et en donnant une à lacheteur : prix, cinq francs ! Létranger paye et sort. - Diable ! diable ! murmure le libraire, cest larticle qui fait déjà son effet ! Il ny a rien détonnant : on vous donne beaucoup déloges. Il reprend le journal et veut achever de lire. Mais aussitôt paraît un second acheteur, puis un troisième, puis un quatrième, puis cinq, six, neuf autres. Le paquet dexemplaires est vendu, et la boutique se remplit toujours. - Patience, messieurs, patience ! dit Ponthieu ; je ne puis suffire à lempressement du public. Dici à quelques minutes, on va mapporter deux mille exemplaires. Ayez la bonté dattendre ! Et, conduisant Méry dans son arrière-boutique : - Voyons, lui dit-il, combien voulez-vous de votre poème ? - Heu ! fit le jeune homme, je ne sais... Jattends vos offres, et je men rapporte à votre conscience. - Vingt mille francs, cela vous convient-il ? - Mettons vingt-cinq, dit Méry, ce sera marché fait. - Touchez là, dit Ponthieu. Ils se frappèrent dans la main. Le libraire ouvrit sa caisse et compta vingt-cinq billets de mille francs, que lheureux poète engloutit dans cette même poche où il navait puisé, le matin, quun denier si modeste. En sortant de la boutique de Ponthieu, Méry trouva que les galeries du Palais-Royal nétaient pas assez hautes et craignait sérieusement de sy blesser le front. Il changea un de ses billets contre de lor. Puis il entra chez un perruquier coiffeur et se fit raser le menton pour la première fois. Toutes ces anecdotes relatives aux débuts littéraires de lauteur dHéva, sont parfaitement authentiques, et nous les racontons avec la fidélité la plus scrupuleuse. Rien noffre, selon nous, plus dintérêt que de remonter une carrière illustre et dassister à ces péripéties émouvantes, à ces curieux accidents qui sèment la route du génie. Le pamphlet contre M. de Villèle fut vendu, en moins dune semaine, à plus de douze mille exemplaires.Il eut seize éditions successives, et lon imprima la vingt-huitième en 1830. Méry paya ses dettes."
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