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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

BARTHÉLEMY ET MÉRY

Originaires tous deux de Marseille, Barthélemy et Méry furent les satiristes acharnés du ministère Villèle. Voici ce que dit la préface de l'édition en 4 volumes de leurs oeuvres communes, parue en 1831 chez Dénain, de leur arrivée à Paris: "C'était l'époque où l'étoile de la Restauration rayonnait à son apogée. Paris, Colmar, Saumur, Toulon avaient vu des têtes de Carbonari rouler sur leurs places publiques; le drapeau blanc venait d'accomplir sa promenade militaire de la Bidassoa jusqu'au Trocadéro; l'or du peuple était jeté en pâture aux rancunes de l'émigration; le congréganisme levait la tête et disait: Me voici! tandis que l'heptarchie ministérielle, armée de la censure et méditant sa loi d'aînesse, guidait son bataillon législateur à la conquête de l'ancien régime. Sur cette période de notre histoire, toute radieuse de jésuitisme et de servilité, planait le comte de Villèle, machiavélisme fait homme, politique habile qui pétrit de sa main tous les vieux élémens de haine et d'ambition et les mit au service de sa monarchie."

De juin 1825 à janvier 1828, les pamphlets de Barthélemy et Méry se succèdent, suivant pas à pas les avatars du ministère Villèle:

Les Sidiennes, Épîtres-Satires sur le dix-neuvième siècle, ouvrent les hostilités. Publiées le 15 juin 1825, elles sont adressées à Sidi-Mahmoud, invité à Paris à l'occasion du sacre de Charles X. Quelques lignes de la préface: "À l'époque du sacre de Charles X, en 1825, Sidi-Mahmoud vint à Paris, comme ambassadeur du dey de Tunis, pour assister, dans la basilique de Reims, à la royale cérémonie. M. Dreux-Brézé, qui a emporté dans la tombe tant d'érudition de blason et d'étiquette, avait trouvé, dans ses vieilles chroniques, qu'un Sacre n'était pas complet sans ambassadeur turc, et il avait fait écrire dans toutes les Échelles du Levant d'expédier à Paris quelque frais icoglan avec turban et cachemire. Sidi-Mahmoud fut le produit de cette circulaire. Ce barbare se vit accueilli comme un Dieu par MM. de Villèle et Peyronnet, lesquels voyaient en lui le despotisme et l'abrutissement incarnés. M. de Corbière le conduisit pompeusement à la Bibliothèque en lui contant l'histoire d'Omar; M. Cuvier le présenta poliment à ses compatriotes du Jardin royal; M. de Puymaurin composa de verve un distique latin, coulé sur bronze, dans lequel le poëte donnait à Sidi la prudence des serpens et la force des lions, chose neuve en Orient; enfin les questeurs de la Chambre des députés envoyèrent au noble Turc un coupon de loge en le priant d'assister à l'enfantement de la loi du Sacrilège. Telles étaient les moeurs politiques de l'époque."

L’ Épître à M. le comte de Villèle date du 28 août 1825. Celle de Nerval paraît le 12 août 1826 dans le Mercure de France du XIXe siècle reprise ensuite dans les Élégies nationales et satires politiques. Nerval précise alors qu'il annonçait une Villéléide "qui ne parut pas, pour des raisons qu'il est aisé de deviner". La Villéliade, ou la prise du château Rivoli, Poëme héroï-comique en six chants, de Barthélemy et Méry avait en effet été publiée le 23 juillet 1825.

Rome à Paris, Poëme en quatre chants (22 novembre 1826) et Les Jésuites, Épître à M. le président Séguier (15 février 1826) dénoncent les menées de la Congrégation aux ordres du Vatican. Ici encore, la préface témoigne du souci de coller au plus près de l'actualité: "Ce fut à la suite du mémorable arrêt rendu contre les jésuites par la Cour royale de Paris, que nous publiâmes la satire suivante qui six mois auparavant eût été fulminée par M. de Marchangy." En février 1826 en effet, un publiciste, Montlosier, fait paraître, sous le titre à rallonge de Mémoire à consulter sur un système religieux et politique tendant à renverser la religion, le trône et la société. L'auteur lançait l'idée d'une conspiration visant la mainmise de Rome sur la France, par le biais de la Congrégation qui tient les postes de l'administration et de la police, et est elle-même sous la coupe des Jésuites qu'il faut donc expulser. L'ouvrage a un succès énorme dans l'opinion, déjà rendue largement anticléricale par les avantages que le clergé catholique a su obtenir de la Restauration: augmentation du budget des cultes, autorisation des missions et surtout contrôle de l'enseignement. Frayssinous à la Chambre commet l'erreur de reconnaître explicitement l'existence de collèges jésuites en France. Montlosier saisit la Cour royale, présidée par le chancelier Séguier, qui confirme leur illégalité. Barthélemy et Méry reviennent sur le sujet en novembre dans Rome à Paris. C’est le 20 mai 1826 que Les Hauts faits des Jésuites de Nerval sont annoncés chez Touquet.

Nerval ne sera que beaucoup plus tard en relation avec Méry. Mais nul doute qu'il n'ait suivi attentivement la production de son futur ami et collaborateur, qui s'acquérait sous Villèle une solide et lucrative renommée, et pensé avec quelque amertume que cette célébrité-là aurait pu être la sienne.

Eugène de Mirecourt, qui consacre à Méry le premier de ses portraits des Contemporains, raconte son premier engagement anticlérical à Marseille, qui lui vaut plusieurs mois de prison, ses débuts laborieux auprès d'Alphonse Rabbe à Paris, sa participation au Nain Jaune, puis le succès phénoménal de La Villéliade: "Quiconque a vu Paris le jour où fut publiée la Villéliade a dû nécessairement être illuminé d’un rayon prophétique et saluer dans l’avenir, à quatre ans de distance, les barricades de Juillet. Jamais satire d’un aiguillon plus fin, plus délicat, et en même temps d’une portée plus sûre, ne fut lancée contre un homme politique. Il fallait, pour écrire ce chef-d’œuvre, une maturité de conviction, une force de logique et un sang-froid railleur qui ne pouvait appartenir à un converti de la veille ; aussi Barthélemy, avec une franchise qui l’honore, avoue-t-il que la meilleure part du succès de la Villéliade est due à son collaborateur. Méry logeait, à cette époque, rue Harlay-du-Palais. Son compagnon de chambre était Armand Carrel. Aucun libraire n’avait acheté le manuscrit d’avance. Le Nain-Jaune, écrasé par des amendes énormes, avait cessé de paraître.Comment payer un imprimeur? Armand Carrel et Méry rassemblent quelques camarades ; on lit le poème ; tous les auditeurs sont dans l’enthousiasme et proclament la Villéliade un chef-d’œuvre.Il y avait à cette réunion d’amis un clerc d’avoué qui ne s’attendait en aucune sorte à être, quelque vingt ans plus tard, ministre de l’instruction publique.Achille de Vaulabelle ne possédait pas un sou vaillant. Mais il fouilla dans la poche de son frère, officier aux gardes, y trouva quelques louis, et, quarante-huit heures après, la Villéliade, toute imprimée et toute radieuse, sortait des ateliers typographiques de Féreau, rue du Foin-Saint-Jacques".

Barthelemy et Mery
Barthelemy portrait
Mery portrait

Bartélemy et Méry

B.M. Villeliade
B.M. Jesuites
B.M. Rome a Paris
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