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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

AUTEUR À 17 ANS CHEZ LADVOCAT ET TOUQUET

"Se faire un nom! C'est la condition qui fut posée à tout homme qui s'en fit un. Cette condition, au moment où elle lui fut imposée, il s'est demandé, désespéré, comment il pourrait la remplir" écrit Dumas dans ses Mémoires, au chapitre CVI dans lequel il relate ses propres débuts en 1825, et il ajoute:"Je ne crois pas au talent ignoré, au génie méconnu, moi. Il y avait des causes pour que Gilbert et Hésésippe Moreau mourussent à l'hôpital".

Nerval a dû se dire très tôt que ce n'était pas entre les murs du collège Charlemagne qu'il trouverait l'inspiration et une chance de se faire un nom, mais en fréquentant le monde littéraire, les cabinets de lecture, les bouquinistes des quais de Seine (en quête des Aventures du docteur Faust, nous dit Charles Monselet, et plus tard de l’Histoire de l’abbé de Bucquoy...), les boutiques des libraires, et tout particulièrement la Galerie de bois du Palais-Royal, et peut-être déjà les salles de rédaction des journaux. C'est chez le libraire Ladvocat, qu'il a vu en 1824 l'édition des Chants hellènes de Guiraud. Il a pu au cours d'une visite à la librairie du Palais-Royal, attirer l'attention du grand éditeur, qui publiera son premier volume de vers.

Annoncée le 15 février 1826 dans la Bibliographie de la France, la brochure Napoléon et la France guerrière, Élégies nationales, par Gérard L....... a dû paraître en avril. Gérard L......., c'est la signature qui apparaissait déjà sur le manuscrit de L'Enterrement de la Quotidienne. Nerval à ses débuts publiera sous son seul prénom de Gérard.

Dans la préface, il se donne 16 ans 1/2, il en a en fait bientôt 18. Il est vraisemblable qu'il pense à la date de composition de ses poèmes, soit 1824, date indiquée sur les cahiers d'écolier. Il ne retient pourtant pour l'édition aucune des pièces qu'il y avait dédiées à Napoléon. Pour sa première publication, Nerval a choisi quatre grandes élégies: La Russie, Waterloo, Les Étrangers à Paris, La Mort de l'exilé, représentant respectivement 122,120,109 et 236 vers, laissant manuscrites trois autres élégies Les Succès, Le Retour de l'exilé, Épilogue. Le choix paraît s'être fait en fonction d'une intention bien déterminée, que souligne la courte préface: offrir un tableau de la France "malheureuse et trahie".

Que penser de ces 587 vers? Ils sont dans le goût du temps, qui n'est plus le nôtre. Nerval s'essaie au grand style dramatique, et y réussit tout aussi bien que Delavigne. Derrière l'artifice et la convention, cependant, on ne peut pas ne pas noter, sur le mode mineur encore, deux "métaphores obsédantes" qui réapparaîtront en mode majeur dans les Sonnets Dumesnil de Gramont de la crise de 1841: image de puissance, celle de Napoléon, magiquement voué comme par un talisman à un destin d'exception, images de mort, des morts, plaines jonchées de cadavres, ceux de la Moscova, ceux de Waterloo, sentiment de leur être redevable, mais aussi culpabilité d'être vivant quand eux, les héros, sont morts, et sans doute faut-il ajouter, quand elle, la jeune femme de 25 ans, est morte aussi en Silésie, lui a-t-on dit, "d'une fièvre qu'elle gagna en traversant un pont chargé de cadavres..." Désir de puissance, hantise de la mort, deux polarités du psychisme de Nerval.

Nerval n'aura fait d'une brève apparition chez Ladvocat. C'est chez Touquet que les Élégies Nationales, associées aux Satires politiques, Napoléon et Talma, et trois petits drames satiriques, L'Académie ou les membres introuvables, Monsieur Dentscourt ou le cuisinier d'un grand homme et Les Hauts faits des Jésuites, seront édités, parce que Touquet est un militant bonapartiste et un libéral, fervent admirateur de Voltaire, et ne saurait avoir, comme Ladvocat, l'idée saugrenue de publier les Oeuvres complètes de ... Chateaubriand/Chactas.

Chez Touquet, rue de la Huchette ou Galerie Vivienne, Gérard trouve une famille d'esprits militante, contestataire, qui tire à boulets rouges sur le ministère Villèle et sur les Jésuites. Il souligne avec fierté son appartenance à la "boutique de scandale" dans cette notice: "Pour la biographie des biographes. Gérard, autrement dit Beuglant, le plus jeune peut-être de nos hommes de lettres; c'est un petit homme un peu plus grand que ses in 32; ça va déjà avec des petits manuscrits chez les petits libraires pour faire des petits livres. On parle d'une contrepartie de La Villéliade ou l'Enfance du grand homme jusqu'à la prise du château Rivoli, qui doit sceller sa réputation. Il fait d'ailleurs partie ainsi que les Félix Bodin et Collin de Plancy de la boutique de scandale élevée sous la raison de Touquet et Cie."

Napoléon et la France guerrière, première publication chez Ladvocat

oeuvres N et la Fr guerriere
oeuvresDentscourtcopie
oeuvresN

cinq publications en quelques mois à la "boutique de scandale" de la rue Vivienne

oeuvres Elegies nationales
oeuvres l'academie
oeuvres Jesuites
accueilNerval accueilTrinite accueilcollages accueiloeil